En 2020, les Nations unies estimaient à 281 millions le nombre de personnes vivant dans un pays autre que celui de leur naissance ou de leur citoyenneté. Ce chiffre a triplé par rapport à 1970. Comprendre le classement de la population mondiale sous l’angle migratoire suppose de distinguer deux mesures très différentes : le nombre absolu de migrants accueillis par un pays, et la proportion de migrants dans sa population totale.
Stock de migrants internationaux : une mesure à ne pas confondre avec les flux annuels
Le stock de migrants internationaux correspond au nombre total de personnes nées à l’étranger résidant dans un pays à une date donnée. Ce n’est pas un compteur d’entrées annuelles. Un pays peut afficher un stock élevé sans avoir reçu beaucoup de nouveaux arrivants l’année en cours, simplement parce que les migrants installés depuis des décennies y sont toujours comptabilisés.
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Les flux annuels, eux, mesurent les entrées et sorties sur une période donnée. La confusion entre les deux fausse régulièrement les débats publics : un pays avec un flux faible mais un stock élevé donne l’impression d’attirer massivement, alors que sa dynamique migratoire peut être en baisse.
Cette distinction explique pourquoi les classements varient selon la source consultée. Les estimations des Nations unies, publiées par la Division de la population du Département des affaires économiques et sociales (UN DESA), se fondent sur le stock. Le rapport Etat de la migration dans le monde de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) s’appuie sur ces mêmes données.
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Classement des pays par nombre total de migrants : les États-Unis loin devant
Avec près de 51 millions de migrants internationaux en 2020, les États-Unis restent la première destination mondiale depuis une cinquantaine d’années. L’Allemagne occupait la deuxième place avec près de 16 millions de migrants, suivie par l’Arabie saoudite (13 millions), la Fédération de Russie (12 millions) et le Royaume-Uni (9 millions).
Ce top 5 mêle des profils très différents. Les États-Unis et l’Allemagne attirent une migration à la fois économique et humanitaire. L’Arabie saoudite repose sur un modèle de main-d’oeuvre temporaire, où les travailleurs étrangers constituent une part massive de la population active sans accéder à la nationalité. La Russie, elle, hérite d’un stock lié aux mouvements post-soviétiques.
Les 20 premières destinations comprennent aussi des pays accueillant d’importantes populations de réfugiés, comme la Turquie, le Pakistan, l’Allemagne et la Jordanie. Le classement par nombre absolu favorise mécaniquement les pays très peuplés.
Proportion de migrants dans la population : un classement qui change tout
Rapporter le nombre de migrants à la population totale produit un classement radicalement différent. Trois catégories de pays se dégagent :
- Les pays du Golfe (Émirats arabes unis, Qatar, Koweït), peu peuplés mais économiquement attractifs, où les migrants représentent une majorité de la population résidente.
- Les micro-États à fiscalité avantageuse (Monaco, Macao, Singapour), où la proportion d’étrangers dépasse souvent la moitié des habitants.
- Les pays dits « neufs », dotés de larges espaces et historiquement ouverts à l’immigration : l’Australie (28 % de la population totale en 2015), le Canada (21 %), la Suisse (29 %).
Dans les démocraties industrielles occidentales, la proportion d’immigrés oscille généralement entre 9 % et 17 %. L’Autriche affichait 17 %, la Suède 16 %, les États-Unis 15 %, le Royaume-Uni et l’Espagne 13 %, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas et la Belgique autour de 11-12 %, l’Italie 10 %.
Ce classement par proportion relativise la position américaine. Malgré le plus grand stock au monde, les États-Unis se situent au milieu du peloton occidental en termes de part dans la population.

Migration intra-régionale : la réalité derrière le classement mondial
Les classements par pays d’accueil créent l’impression que la migration se dirige principalement du Sud vers le Nord. Les données les plus récentes montrent une réalité plus nuancée : la majorité des déplacements restent intra-régionaux. Les migrants africains se déplacent majoritairement à l’intérieur du continent africain. Les migrants asiatiques restent pour beaucoup en Asie.
Cette dimension intra-régionale modifie la lecture des classements. L’Inde, par exemple, figure parmi les premiers pays d’origine de migrants internationaux, mais une part significative de ces migrants se trouve dans des pays voisins. De même, la Fédération de Russie apparaît dans le top 5 des destinations en partie grâce aux mouvements entre anciennes républiques soviétiques.
Pays de premier asile et réfugiés
Certains pays accueillent des populations migrantes non par attractivité économique, mais par proximité géographique avec une zone de conflit. Le Liban, le Tchad ou la Jordanie hébergent des proportions de réfugiés considérables par rapport à leur propre population. Ces pays de premier asile ne figurent pas toujours en haut des classements par stock total, mais leur effort d’accueil rapporté à leurs ressources dépasse celui de la plupart des pays riches.
Évolutions récentes du classement population mondiale et migration
Les données 2024 signalent des changements notables. La France a enregistré la plus forte hausse de population immigrée sur une seule année, avec 434 000 nouvelles personnes, un niveau de flux annuel qui la rapproche des grands pays d’accueil traditionnels. À l’inverse, le Canada a réduit ses admissions de réfugiés de 57,5 % entre les premiers trimestres 2024 et 2025, ce qui contraste avec son image de terre d’accueil en expansion continue.
Ces mouvements confirment que le classement des pays attirant le plus de migrants n’est pas figé. Les politiques migratoires nationales, les crises géopolitiques et les cycles économiques recomposent régulièrement la hiérarchie. Le Moyen-Orient et certains pays asiatiques montent en puissance comme destinations, tandis que des pays historiquement ouverts resserrent leurs critères d’admission.
La population mondiale de migrants internationaux a plus que doublé depuis 1990 (passant de 153 millions à 281 millions en 2020). Le classement des pays d’accueil, lui, se lit toujours mieux avec deux grilles superposées : le nombre brut et la proportion dans la population locale. Aucune des deux, prise isolément, ne suffit à décrire la géographie réelle des migrations.

